Annie Gouédard
Pierre Giquel
Morgane Lelchat
Fanny Poussier
Alexandra Gillet
Pierre Royneau
Roland Cresson


Annie Gouédard
Über ihre Arbeit

“Tout d'abord, elle investit l'espace d'exposition, elle l'aménage, elle habite, et elle nous ouvre.
On est chez Emmanuelle Véqueau, dans son intérieur, au propre comme au figuré, puisque, tant les objets que les titres des oeuvres suggèrent une exploration, une découverte de son intimité, de sa psyché.
« A l'intérieur, la viande est crue», dit-elle, quand pour y accéder on traverse de virginaux voiles arachnéens et, quand il n'y a pas que le regard qui se glisse sous les jupes des «Femmes Tentes» et des grandes géantes, mais le regardeur tout entier qui pénètre leur ventre. Ailleurs, elle nous abondonne à son canapé investi d'une mémoire chargée de licences libertines, et dispose dans l'espace ses napperons brodés de maximes maternelles détournées, petits carrés blancs non censurés, tandis qu'elle nous libère d'inhibitions vénielles, en nous offrant des «Tasses à Caqueter» pendant qu'on foule aux pieds ses tapis blasons. Les mots, les peintures, les dessins, les objets envahissent tous les champs de la perception. Ils se bousculent, foisonnent, en référence à un répertoire où se mêlent les souvenirs et l'histoire personnels mythifiés par le temps, des mythes anciens et primitifs, et leur interaction au quotidien, avec le fait social, les conventions sociales.
Comment l'artiste imprime-t-elle son langage personnel aux formes? Parfois elle joue du changement d'échelle, parfois elle hypertrophie certains de leurs caractères, «L'Outre à Tater» est un corps concentré dans une masse de seins, et la figure féminine d'une des «Petites Manies», si elle est chaussée de talons aiguilles brodés, porte des seins en grappe, comme l'Artémis d'Ephèse, paradoxalement déesse de la virginité et déesse nourricière. Quand l'artiste accentue par le bondage, la compression, les rondeurs des corps féminins de la série «Lisse à l'Intérieur», et que ces corps charnus exaltent alors, à la fois la maturité pleine, mais aussi une puissante et prégnante sensualité, on est renvoyé à l'ambiguïté de ces figures où se confondent les images de la femme féconde et créatrice et celles de la femme séductrice. Parfois, tout au contraire, l'artiste vide ces formes de tout contenu, et en travaille leur seule enveloppe.
Dans les derniers grands formats, les «Coupable», au dessin à la fois naturaliste et onirique, la forme humaine, féminine ou masculine est en communion, en osmose avec le monde animalier, traité de manière très réaliste. On songe à sa représentation sur la coupole du narthex de la basilique Saint-Marc de Venise, où les animaux apparaissent, qu'ils soient animaux du ciel et des eaux, ou animaux de la terre, en un merveilleux catalogue détaillant leur création les quatrième et cinquième jour de la création du monde. Ils sont antérieurs à Adam et Eve, comme ici ils semblent antérieurs à la forme humaine, qu'ils innervent littéralement, lui insufflant la vie qui colore symboliquement leurs membres de jaune safran et d'oranger, la couleur même de la tunique d'Artémis.„
“C'est une oeuvre du jouir, protéiforme, rabelaisienne, à l'imagination et à la fantaisie puissamment séductrice et séduisante.
Protéiforme, elle se compose d'une production arborescente d'installations, de sculptures, de dessins, de performances, où sont souvent alliés, dans les oeuvres tridimensionnelles toutes les pratiques, le trait, le photographique, les empreintes au plâtre, la vidéo, la broderie, la chorégraphie.
Rabelaisienne, elle est innervée d'allégresse, et de gourmandise, ponctuée de concentrés d'inventions verbales auxquels s'ajoutent du comique et de l'ironie légère, de la farce et du merveilleux, par le truchement de gigantesques avatars d'elle-même.
La crudité et la violence qui peuvent être dans les titres, dans la situation suggérée, ne le sont jamais dans l'oeuvre réalisée. Qu'elle représente le corps, ou qu'elle l'invoque, elle le magnifie, le transcende, tant par les matériaux utilisés que par le traitement précieux et méticuleux auxquels elle les soumet: les tissus sont des voiles décopés de tulle, de coton léger, les papiers sont fins, le velours et le taffetas s'embrasent l'un l'autre, les peaux de latex sont chaudes et parfumées, les broderies délicates, les résilles, les dentelles, les faux jours nous ramènent à la mémoire, un vocabulaire oublié.
La transparence est omniprésente, qu'elle sculpte le vide, la forme élidée d'un corps, qu'elle le serre et le comprime, le résultat est sans densité, il n'y a généralement pas occlusion, fermeture. Les écrans sont perméables et pénétrables et les formes sans bondes. Les enveloppes corporelles sont très rarement closes, trouées, percées, elles sont ouvertes de tous les orifices, traversées, enrichies par les expériences et les émotions, qui entrent et s'échappent, de soi à l'autre, de l'autre à soi, dans un mouvement d'énergie vitale ininterrompu.
Cette oeuvre où la dimension de l'intime est prééminente, échappe cependant au narcissisme, comme à tout égocentrisme. Car elle ouvre sur une dimension de l'autre, son regard sur soi appelle le regard de l'autre, elle met l'accent sur le passage du dedans vers le dehors, du soi au non soi. Dans l'espace entre l'intime et le public, où le corps ou ses substituts sont instruments de communication, elle se fait l'écho gentiment ironique et distancié des phrases toutes faites, des poncifs, des banalités, des préjugés communs, des derniers fantasmes qui courent dans l'air du temps.
Dans cette oeuvre qui n'a pas de clôture, il n'y a pas non plus de bords. Il n'y a pas de remplissage de l'espace puisque l'espace n'est pas arrêté et est expansible à volonté. A l'artiste d'ajouter, de rajouter au grand dessin en cours, des morceaux de papier blanc à investir ou pas, car c'est de l'espace encore, autant qu'elle en voudra, et de rajouter à l'installation, encore un élément, et pourquoi pas sous la jupe baroque de «Like a Grotesque Virgin», le pendant masculin de l'«Encoquetté», des animaux échappés du bestiaire fantastique moyenâgeux d'une chapelle voisine qui, cette fois, coulent, s'épandent, envahissent autant d'espace que la salle d'exposition le permet à l'artiste.
Aussi bien dans le temps que dans l'espace, il n'y a pas de limite, puisque les éléments constitutifs de l'installation, de la sculpture, sont fragiles et périssables et que, comme tout ce qui est organique, ils sont soumis à l'usure d'usage et du temps. Ils se réduisent, se transforment en autre chose, jusqu'a ce qu'il n'en reste plus rien, mais d'autres formes ou les mêmes, ou presque les mêmes, réapparaîtront dans d'autres circonstances, d'autre contextes, pour investir, quand Emmanuelle Véqueau les réactualisera, à sa manière ludique et poétique, une nouvelle sculpture ou une nouvelle installation.„



Pierre Giquel
A consommer

Et si les mots tombaient non pas de la bouche, mais des images ou des objets et ces mots-là sont des mèches à quoi il ne manque qu'une allumette pour les voir se redresser, se tordre, s'arracher ou se rejoindre. Derrière l'anecdote, la phrase toute faite, la confidence, le jeu, on perçoit des dangers, des colères. Des faux pas révélés tour à tour avec une apparente ingénuité ou une violence délibérément non feinte. Car ce que contiennent les oeuvres d'Emmanuelle Vequeau oscillent avec une rare allégresse entre la douceur d'un sentiment et la crudité d'un geste expéditif. Le corps malmené. Le sien, féminin, et l'autre, le voisin toujours. Un corps incomplet dont les prolongements réalisés en pâte à modeler et colorés avec insolence évoquent une machinerie cocasse ou une animalité incongrue. Ou ces tapis persans au luxe récupéré qui accueillent des morceaux de tête, bras, jambes... coulés dans le latex et que le visiteur est invité à fouler. Ou ces robes aux formes démesurées qu'une géante aurait abandonnées. C'est toute l'histoire d'un remembrement qui se déploie ici, avec des fantasmes pleinement assumés, des fragments d'histoires personnelles, des échos mythologiques. "Les voisins cachent toujours chez eux des cadavres", nous dit sans sourciller Emmanuelle Vequeau. Le résultat veut que nous vivions ces entorses à la dissimulation, que nous acceptions ce qui peut paraitre de la provocation comme une nécessité, une manière joyeuse de nous approprier un corps dont on nous avait soigneusement éloigné. Un corps avec ses humeurs, ses fuites, ses appétits et ses scandales. Un corps à goûter, "En sauce", et à consommer, immodérément.




Morgane Lelchat
Über «Festin»

“Parce que nous sommes des êtres de lèvres et de sang: il y a le bout de moi qui est à toi, le bout de toi qui est à moi, son bout à elle qui est à lui, son bout à lui qui est à elle. Et si ce bout de moi était aussi à elle, et si ce bout à lui était aussi à toi?
Et si tout l'enjeu de ce festin n'était pas d'aimer mais bien de le montrer? Montrer qu'on aime un corps là où on sait le goûter. Montrer tout simplement nos instincts carnassiers.
Nos corps sont donc bandés, étalés sur la table et plaqués sur les murs. Voici nos friandises. Leurs corps sont morcelés et exposés, fragments d'histoires et d'émotions, petits bouts de vie incarnée, symboles de leur intimité, dévoilée et tout autant cachée. Petits moments de frustration pour qui regarde et que ça ne regarde pas.„




Fanny Poussier
Über «Signe de Richesse»

“ «Signe de Richesse», est une accumulation et un étalement de tapis persans prolongés par des pans de latex configurant des parties du corps (visage, bras, jambes...). L’artiste instaure un double rapport à l’œuvre par la sensualité qui se dégage du tapis fibreux et du latex fin et lisse, ainsi que par l’ambiguïté du rapport jeu/agression provoqué par la simple marche du visiteur sur les tapis. „

“Emmanuelle Vequeau fait de la couture et de la broderie une activité à la fois féroce et raffinée, en perturbant sa vocation initiale, utilitaire et ornementale.(...) L’artiste élabore une problématique du corps en expérimentant des médiums qui renvoient indirectement aux différentes opérations d’entretien du linge (marquer, signer, racommoder), héritées de principes familiaux, intergénérationnels et surtout féminins. Emmanuelle Vequeau travaille volontairement chez elle, à la maison. Lieu du corps et lieu de vie, l’atelier-maison constitue en permanence un espace de cohabitation et de concentration du soi, donnée indissociable, inhérente à la réflexion des oeuvres. La prégnance de la sphère privée n’est pas à considérer comme un espace particulier mais à comprendre comme un temps personnalisé à partager, généreux, propice aux conversations et aux échanges.„

Über «Allez voir la bête»

“«Allez voir la bête», consiste en une série de moulages en pâte à modeler de différentes couleurs, accompagnée d’une bande sonore. Avec la pâte à modeler, Emmanuelle Vequeau a réalisé des empreintes de son visage, des extrémités et des articulations de son corps. Les orifices sont bouchés, les membres prolongés par des prothèses qui modifient les fonctions du corps.

Exposés [sur une étagère en bois], ces objets deviennent mystérieux, évoquant un usage dérangeant du corps. La voix de l’artiste accompagne ces accessoires par la phrase suivante : « La peau tendre aux déplacements parcimonieux, sexes visibles aussi, finement duveté à l’intérieur, un corps très compact, grimpe agilement, très farouche, fréquente les mangeoires... ». Entre le texte et la matière, une ambiguïté se crée sur l’être invoqué ou à transformer, entre l’homme et l’animal.„




Alexandra Gillet
Über «Tu respires fort»

“«Tu respires fort» est une œuvre qui, présentée dans l’exposition Echos - Graphies, agissait comme une seconde porte à l’entrée du centre d’art. Il s’agit de cinq bandes de latex dans lesquelles Emmanuelle Vequeau a tatoué les motifs récurrents dans l’art du tatouage d’un serpent et d’une rose.

L’œuvre entretient une forte résonance avec la peau. Elle agit comme le signal du passage d’un espace à un autre, du dehors vers le dedans et inversement. La contrainte de traverser l’"enveloppe de latex" engage le visiteur dans un rapport tactile qui peut autant évoquer l’impression d’une caresse que le sentiment désagréable d’une agression. Emmanuelle Vequeau choisi le latex pour ses qualités organiques. C’est une matière translucide qui peut prendre différentes teintes selon son épaisseur. Elle ne sèche pas et nécessite pour cela que soit appliqué régulièrement du talc, caractéristique qui n’est pas sans évoquer l'idée d'une respiration.„




Pierre Royneau
Über ihre Arbeit

Manifestation de l'interdit de montrer ou d'être vu. Exhibition. Théâtralisation. Ostentation.

Étalage indiscret du corps masqué derrière un voile, un tissu, une robe.

La chair s'expose, se révèle dans des dessins graciles et fragiles ; la présence féminine se dévoile à travers des sculptures de textile ou de latex, où la peau, l'enveloppe, fabriquent le corps et son intimité.

Les frontières du plaisir sont répertoriées afin de mieux les transgresser dans un travail où l'acceptation et la revendication du corps transparaissent. Seuls demeurent les petits plaisirs quotidiens, le choix de son apparence, et les petites phrases amusées que l'on partage dans l'intimité d'une alcôve.



Roland Cresson
Über die «Impurs»

Schau, hier bin ich : nackter und tätowierter Insekt
Stelle Menschen nach meinem Bilde dar

Es schwinden, es fallen diese leidenden Gespenster
Blinder Eifer schadet nur

Ihrer Tugend Blüte
Ist desselben Wert

So viele Narben und so viele Grenzen
Auf meiner Haut gezeichnet

Ihr wart noch nicht auf Erde
Und doch schon überall da

Der Wind streckt auf leeren Strassen
Seine breiten Flügel aus

Was dieser heute baut
Reisst jener morgen ein

Hüben und drüben sollen nichts mehr heissen
Der Herbst hat die Mauer fallen lassen

Darein schreibt man das Urteil
Bis einem rinnt das Blut in den Schuh

Wann die Unterwelt vergeht, so fällt der Zufall weg
Wer weiss, wie das Leben in treuen Küssen steckt

Die Feder und der Stab, Schreie im Käfig, sprachlos
Es geht ein jeder Schritt auf dieses verwundtes Herz

Auf meinen verletzten Glieder fällt der kühle Tau
Nur Geduld: bald ruhe ich auch

Bilder von Sand flitzen an der leinwand meiner Seele vorbei
Seidenstrumpf, zartes Gitter rasch zerrissen

Lös endlich auch einmal meine Träume ganz:
In deinem Schatten fände ich vielleicht die Verbannung